Rencontre avec Laurent Gheysens

Laurent Gheysens est un Ch’ti du Sud de la France. A peine né dans le Nord, déjà élevé et ré-enraciné dans le Sud à l’âge de 6 mois, il retourne souvent dans le Pas de Calais où les nombreux bunkers font partie du paysage quotidien. Les enfants des plages de la mer du Nord, les voient comme autant de terrains d’aventure mystérieux, tout comme le font ceux du Sud à La Tamarissière sur les plages de la Méditerranée. Comme eux, il adorait s’y aventurer.


En 2009, David Mallen et Fabrice Goudouly, deux passionnés d’histoire locale du XXème siècle, créent l’association « Agde-Histoire 39-45 » et vont réhabiliter le Bunker 638. Laurent Gheysens s’associe au projet en 2014 pour mettre en lumière l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale qui dans le Sud avait été largement occultée par celle du Nord et son débarquement de Normandie…

Pourtant l’histoire est riche et non dénuée d’intérêt, surtout à Agde. Alors place à la découverte…

Un peu d’histoire

La Seconde Guerre Mondiale a démarré depuis septembre 1939. C’est suite au débarquement des Alliés en Afrique du Nord, en novembre 1942, qu’Hitler ordonne l’envahissement de la zone dite « Libre »  française au Sud. Comme ils l’ont fait côté Atlantique, plus de 900 bunkers sont construits sur la côte Méditerranéenne créant le « Sudwall », (le Mur de Méditerranée), dont près d’une centaine pour la commune d’Agde et son Cap.

A Agde, La Tamarissière, zone d’un possible débarquement, est fortement fortifiée avec près d’une cinquantaine constructions avec deux batteries de défense afin de verrouiller le fleuve Hérault, accès maritime facile vers les terres. La première ligne, sur la plage, a été démolie au fil des ans pour des raisons de sécurité, mais 30 bunkers perdurent encore. Au centre de ce dispositif un imposant bunker-infirmerie de type 638, de 100m2, le seul ouvert à la visite en Méditerranée.

©Natacha Durrieu

Renaissance du Bunker 638

La première action aura été de creuser un premier trou pour le passage d’un homme… Près de 60 ans d’enfermement a rendu l’air presque irrespirable. Les murs sont encore blancs, quelques graffiti sont présents, tout comme du sable et des déchets datant des années 60. Des carreaux sont descellés ici et là. L’humidité y est extrêmement forte et la rouille forcement présente sur toutes les pièces métalliques. C’est après deux ans de travaux de maçonnerie, d’électricité, de traitement des métaux, de décoration et de peinture que le bunker ouvre ses portes. Chaque année des améliorations y sont apportées…

©Laurent Gheysens

Le Bunker 638 et le bunker 610

638 est la référence allemande de ce type de bunker standardisé, il en existe des similaires jusqu’en Norvège. C’est un hôpital de campagne de 100 m2 comportant 9 pièces, dédiées au traitement et aux soins des soldats blessés en cas de conflit.

Vous y découvrirez à la fois un bâtiment de guerre allemand avec ses spécificités de défense et quelques surprises étonnantes, mais également une exposition évoquant de grands thèmes de la Seconde Guerre Mondiale, comme l’organisation allemande régionale, la vie des Agathois, la construction des bunkers, l’organisation de la défense Allemande à la Tamarissière, ou encore les différentes étapes de la réouverture et de la restauration.

En 2018, l’association a profondément remodelé deux salles avec la nouvelle création de la salle des patients « lourds » en salle d’hôpital telle qu’à l’origine et la salle de garde maintenant avec tous ses équipements d’époque de nouveaux mannequins plus réalistes agrémentent les salles, aidant ainsi le visiteur à entrer dans cette période de l’histoire.

Le bunker 610 lui était le PC poste de commandement de la batterie de la Tamarissière. Sur le site des panneaux explicatifs avec les spécifications de la trentaine de bunkers du site sont également en place.

©Laurent Gheysens
©Laurent Gheysens

Autres témoins de cette époque

Le bunker 638 n’est pas le seul reste agathois de la Seconde Guerre Mondiale.

Outre la trentaine de bunkers de la Tamarissière, les allemands ont laissé de nombreuses traces de leur occupation. Depuis Notre-Dame de l’Agenouillade, jusqu’aux Mares de Baluffe, se tenait là un camp allemand qui abritait les 500 travailleurs des bunkers d’Agde, Vias et Marseillan. De nos jours, c’est un site classé Natura 2000 où des panneaux vous expliquent la faune naturelle de ce lieu, sa géologie, et l’histoire de ces autres bunkers. Le Château Laurens, site Classé Monument Historique à Agde, porte également les stigmates de cette période. Les allemands ont peint des fresques et un aigle sur les décorations d’Eugène Dufour dans le fumoir dans ce château alors réquisitionné. Sur le Mont Saint-Loup se trouvent encore deux bases de canons anti-aériens et nombre de bunkers existent encore disséminés dans la commune et la région proche.

Vous voulez en savoir plus, c’est ici : Bunker 638 !


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